¡Vivan los novios!

Si Barthes a pu dire que l’essence de l’image photographique est le ça été, c’est-à-dire la certitude que la chose représentée était là un jour, vivante, présente et réelle, comme un corps qui respire, il le fait à partir de l’appréciation de son caractère probant et de la reconnaissance d’une valeur démonstrative qui lui est essentielle. Cette preuve, qui accompagne la photographie, se transforme en valeur documentaire et en preuve. Mais cette recherche s’arrête devant l’ombre de quelque chose qui refuse d’être expliqué et qui marque la limite de la lecture. Elle est son ombre ou cette instance unique, épuisée dans son instant et qui est restée fixe, faite geste.

L’histoire de la photographie est peuplée d’instants, de gestes. Il y a les séries de portraits américains de Walker Evans ou Robert Frank, des portraits délibérément aléatoires, mais fidèles à certaines préoccupations documentaires, intéressés à montrer un monde qui n’est pas moins réel parce que distant. Susan Sontag se souvient de l’impression décrite par Jack Kerouac dans le prologue de “The Americans” de Robert Frank : ses portraits lui ont donné la sensation sauvage que l’on ressent lorsque le soleil réchauffe les rues et que l’on entend la musique d’un juke-box ou d’un enterrement à proximité. Les plus éloignés sont devenus proches et les proches ont pris des dimensions d’absence. Une distance qui accompagne comme par magie cette série de photographies que Juan de la Cruz Megías nous présente aujourd’hui.

L’ancien rituel du mariage est une fois de plus raconté à partir de la séquence que l’œil de sa caméra construit. Une séquence qui traîne, contre l’évidence de l’apparent, le temps des sujets, désormais exposés aux décisions de la vie. Fantasmes, peurs, angoisses et attentes complices traversent la fête qui s’arrête, parfois, se précipite, parfois, comme s’il s’agissait de présages secrets. Les petits amis, les petites amies, appartiennent au moment où la caméra s’arrête comme si elle voulait ignorer la fortune.

Texte de Francisco Jarauta

 Juan de la Cruz Megías

Cabezo de Torres, Murcia

Il a commencé à photographier à l’âge de 11 ans avec un Voigtländer, un cadeau de ses parents. Sans professeur, mais avec beaucoup de curiosité, il s’est formé à la photographie sociale (portraits et BBC) et industrielle (architecture, image de marque et publicité).

En 2000, il a remporté le prix du meilleur portfolio à PhotoEspaña et la publication ultérieure du livre Bodas/Weddings 1979-1999. Auxquels s’ajouteraient les titres “Vivan los novios”, “Pan, vino y azúcar”, “Latidos de hormigón”, et bientôt, “MantenYmiento”.

Photographie de Pablo Ferao